EXPOSITIONS

Entre-Nous
Valentin Caball

En Nouvelle-Zélande Aotearoa, la police intervient en moyenne toutes les quatre minutes pour des cas de violences familiales. C’est le pays de l’OCDE* où ce type de violences survient le plus.

La communauté Māori y est de fait la plus marquée par les violences familiales. Il existe une reconnaissance publique de ce problème, et un grand nombre d’associations se mobilise pour les réduire, notamment par de la prévention et de la prise en charge ; mais la pauvreté, l’isolement, l’alcoolisme et l’essor de gangs maintiennent une culture de la violence, intime, à travers le pays.

Entre nous raconte la lutte intérieure qui découle de cette violence entrée en nous. Elle entremêle des témoignages et des lettres de victimes, rencontrées en Nouvelle-Zélande, à des portraits, des paysages, des détails, et des vues nocturnes dont le temps de pose a été de quatre minutes, en écho à la fréquence de ces violences.

*OCDE : Organisation pour la coopération et le développement économique

Exposition visible Place Bouchard et chez Keys&Co Presqu’Ile à Caen
du 12 au 20 juin 2026
Entrée libre

Can you Keep a Secret?
Virginia Morini

« Can you keep a secret » est un projet à long terme centré sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Les abus sexuels sur mineurs traversent mon arbre familial depuis des générations, empoisonnant nombre de ses branches, y compris la mienne.

Mon approche commence par la recréation des espaces domestiques du traumatisme, en invitant les personnes à s’engager physiquement avec ces lieux à travers des actions cathartiques, presque performatives. Guidées par des échanges maïeutiques, ces rencontres se transforment en un cadre visuel qui reflète l’identité de chacun·e et développe une dimension entre rêve et réalité ; elles rappellent aussi le processus que traverse notre esprit lorsqu’il enregistre puis efface le traumatisme.

La forme du journal se déploie comme une archive intérieure — un récit fragmenté d’une enfance violée, une mémoire oscillant entre déni et révélation. Ce projet commence avec moi — avec ma volonté de chercher la vérité. Mais il s’ouvre immédiatement à une dimension collective. Il devient un voyage global, une enquête documentaire qui tisse témoignages et lieux dans une narration qui ne cherche pas à expliquer, mais à contenir. Un journal fait de mots, de vieilles photographies, de dessins, d’enregistrements. Une sorte de chambre noire, où l’acte de révéler devient un geste de soin. Je veux inventer un espace où le récit de l’abus n’est pas réduit à la victimisation, mais devient un processus visuel, politique et poétique d’élaboration. Une manière de se réapproprier nos propres mémoires et nos environnements. Une « cartographie du silence et de la résistance », qui met en lumière la manière dont l’inceste transcende les frontières culturelles et sociales.

Aussi fort que l’esprit tente d’effacer certains événements, le corps, lui, se souvient. L’inceste se dissimule dans l’intimité familiale, au cœur même des structures de l’amour et de l’appartenance. Les violences sexuelles sur enfants sont douloureusement répandues : 20 % des femmes adultes et 10 % des hommes adultes se souviennent d’un épisode d’abus au sein de leur foyer.

La douleur, grâce au pouvoir révélateur de la vérité, peut être transformée en force et en lucidité, brisant la chaîne du silence. Les survivant·e·s sont des témoins précieux pour l’ensemble de la société, un pont vers la guérison pour toutes les personnes concernées, directement ou indirectement.

Exposition visible Au Brouillon de Culture à Caen
du 12 au 20 juin 2026
Entrée libre

Peut-être que l’Île attend
Agnes Dherbeys

1948, début de la guerre froide, fin de la colonisation de l’empire Japonais, début de “l’influence-ingérence” américaine sur la partie sud de la péninsule coréenne. Cet hiver sur l’île de Jeju, une chasse aux sorcières morbide est lancée contre des hommes, des femmes, des enfants. Tous sont soupçonnés d’être des communistes.

La répression est sanglante, les villages brûlés, des milliers de personnes sont emprisonnées, un dixième de la population de l’île est tuée (30 000 victimes). Jusqu’au milieu des années 90, cette tragédie  est forcée au silence: pendant plus de 50 ans, la dictature militaire de la Corée du Sud en a fait un sujet illégal.

(Je suis partie à la rencontre de survivants en me laissant porter par les mots d’Han Kang, l’auteure d’Impossibles Adieux et de Hyun Ki-young, qui a été torturé et emprisonné après la publication de son recueil de nouvelles “Oncle Suni”. Les deux ouvrages traitent du massacre de Jeju.)

Les photographies mettent à la fois en lumière la souffrance d’une communauté dont le traumatisme est largement méconnu du grand public, et sa reconstruction autour de la force organique et méditative des paysages de son île: Jeju en Corée du Sud. J’ai pensé mon projet comme une parenthèse, un happement dans un monde où le réel se dissout dans le fantasme de la mémoire, où les manques prennent des formes allégoriques et mystérieuses, où les silences se nourrissent des absences. L’espace que l’on traverse peut ainsi être lu pour ce qu’il est: l’enchevêtrement de multiples territoires mémoriels, à la quête du même besoin impérial: celui de refermer une blessure, en créant peut-être, son propre monde.

Avant tout, à travers “Peut-être que l’île attend”, il s’agit d’ouvrir un espace sensible où la mémoire tue, peut enfin circuler, invitant chacun à entrer en dialogue avec ces silences hérités et à devenir, à son tour, passeur d’une histoire longtemps confisquée.

*
Avec le soutien de l’AIC DRAC et de la bourse Yunghi Kim

Exposition visible au Café Source à Saint-Aubin-sur-mer
du 12 au 20 juin 2026
Entrée libre

Les artistes

Virginia Morini (Faenza, 2000) travaille et expérimente dans le domaine des arts multimédias. Elle explore le surréel qui se cache derrière notre réalité à travers une approche documentaire.

Après des études en réalisation cinématographique à Bologne, elle est diplômée en juillet 2023 du master « Creative Documentary & Photojournalism » de Magnum Photos & Spéos à Paris. En 2022, elle est sélectionnée pour l’édition spéciale Diciottoventincinque – Fotografia Europea, dans le cadre de laquelle elle développe le projet De amore Dei, vivant avec des religieuses et enquêtant sur les racines de certains abus ainsi que sur leur quête d’une compensation spirituelle face aux dommages corporels.

Elle écrit et réalise en 2023 son premier court métrage, Atto di dolore, qui s’inscrit dans la dynamique existante entre victime et bourreau, autour du traumatisme et des abus subis durant l’enfance. En 2022, elle entame également un projet au long cours, 1103 – visionsfromthehill, situé dans le village de Tredozio, où elle explore le traumatisme générationnel collectif qui se perpétue dans une zone en déclin démographique.

La recherche de Virginia Morini s’articule autour des thèmes de la famille, du secret, du sexe et de la religion.

Depuis deux ans, elle travaille à Paris et assiste le photographe de Magnum Photos, Lorenzo Meloni. Aujourd’hui basée à Manille, aux Philippines, elle travaille sur l’exploitation sexuelle des mineurs en Asie du Sud-Est.

Valentin Caball,
photographe

Virginia Morini,
photographe

Né en 1998, Valentin Caball a grandi dans les Pyrénées-Orientales. 

Après des études de sciences politiques, il décide de se tourner vers la photographie documentaire en se formant à l'EMI, à Paris, en 2022. Il réalise depuis des séries au long cours qui lui ont permis de travailler avec la presse ou qui ont été exposées.

L'appareil photo est pour Valentin Caball un outil de recherche. Il lui permet d'interroger ce qui se devine à la frontière du visible, la continuité entre notre environnement et notre imaginaire. Dans son travail il souhaite poser son regard et privilégie les moments hors-champs de la photographie que sont l'enquête, la collecte, la rencontre et l'échange. Grâce à elle, il cherche à comprendre des sujets de société, en s'engageant physiquement dans ces derniers. Il s'est ainsi rendu dans le centre de la France pour documenter la mémoire minière d'un village - Echassières, choisi pour l'ouverture d'une nouvelle mine de lithium ; et en 2024, il est parti un an en Nouvelle-Zélande pour comprendre les marques que laissent les violences familiales. 

Agnès Dherbeys,
photographe

Née en Corée du Sud en 1976 et ayant grandi en France, Agnès Dherbeys vit aujourd'hui à Paris après avoir été basée 12 ans à Bangkok, Thaïlande. Diplômée du master de l‘Institut d’Etudes Politiques de Lyon et d'un master2 en Sciences de l’information et Communication du Celsa, Paris IV, elle a tissé un parcours pluridisciplinaire, alliant journalisme, photographie documentaire et vidéo de création.

Agnès est lauréate de nombreux prix et bourses (Grande Commande photo de la Bibliothèque Nationale de France, Bourse du CNAP pour la photographie documentaire contemporaine 2018 et 2022, Second Prix World Press Photo, médaille d’or du prix Robert Capa de l’Overseas Press Club, Joop Swart Masterclass du World Press Photo,…).

Son travail est exposé internationalement, notamment au Musée de la Photographie de Séoul, à Lianzhou en Chine, au Bangkok Art Cultural Center en Thaïlande, à Foto Freo en Australie, en Sardaigne, aux Rencontres d’Arles, à Visa pour l'Image.